Chapitre 9 — Le marchand de biens : acheter, rénover, revendre

9.1 Qu’est-ce qu’un marchand de biens ?

Le marchand de biens est un professionnel de l’immobilier qui achète des biens dans le but de les revendre avec une plus-value, généralement après rénovation, division ou changement de destination.

C’est une activité commerciale à part entière, régie par le Code de commerce et soumise à une fiscalité spécifique.

Distinction avec l’investisseur locatif

Critère Investisseur locatif Marchand de biens
Objectif Percevoir des loyers Réaliser une plus-value à la revente
Durée de détention Long terme (années) Court terme (mois)
Statut Particulier ou SCI Professionnel (société commerciale)
Fiscalité Revenus fonciers / BIC Bénéfices commerciaux (IS ou IR)
TVA Non assujetti (sauf option) Assujetti

9.2 Le cadre juridique

Qualification de l’activité

L’administration fiscale peut requalifier un particulier en marchand de biens si :

Attention : même une seule opération peut être requalifiée si l’intention spéculative est évidente (achat, travaux rapides, revente dans les mois suivants).

Structure juridique recommandée

Le marchand de biens exerce généralement via une société commerciale :

L’exercice en nom propre est possible mais fortement déconseillé (responsabilité illimitée, fiscalité souvent défavorable).

9.3 La fiscalité du marchand de biens

Impôt sur les sociétés (IS) — Régime le plus courant

Tranche de bénéfice Taux IS
Jusqu’à 42 500 € 15 %
Au-delà de 42 500 € 25 %

Le taux réduit de 15 % s’applique sous conditions (CA < 10 M€, capital entièrement libéré, détenu à 75 % par des personnes physiques).

TVA

Le marchand de biens est assujetti à la TVA. Deux régimes possibles :

TVA sur le prix total

TVA sur la marge

Exemple : achat à 100 000 €, revente à 150 000 €.

Droits de mutation réduits

Le marchand de biens bénéficie de droits de mutation réduits (0,715 % au lieu de 5,80 %) à condition de prendre l’engagement de revendre dans un délai de 5 ans.

Si le bien n’est pas revendu dans les 5 ans, les droits de mutation au taux plein deviennent exigibles, avec pénalités et intérêts de retard.

La taxe sur les plus-values

En société à l’IS, il n’y a pas de taxe sur les plus-values immobilières des particuliers. Le bénéfice de la revente est intégré dans le résultat de la société et soumis à l’IS.

9.4 Les étapes d’une opération de marchand de biens

1. Sourcing (recherche de biens)

Le sourcing est la clé du succès. Les canaux :

2. Analyse et chiffrage

Pour chaque opportunité, établir un bilan d’opération détaillé :

Poste Montant
Prix d’achat X €
Frais de notaire (réduits) ~1 %
Travaux de rénovation Y €
Honoraires (architecte, géomètre, BET) Z €
Frais financiers (intérêts du crédit) W €
Frais de commercialisation V €
Coût de revient total Total €
Prix de vente estimé PV €
TVA (sur marge ou prix total) TVA €
Marge brute PV - Total - TVA
IS 15 ou 25 % de la marge
Marge nette Après IS

Règle d’or : ne jamais commencer une opération avec une marge nette inférieure à 15-20 % du prix de revente. Les imprévus sont fréquents.

3. Acquisition

4. Travaux

5. Commercialisation

6. Revente

9.5 Le financement des opérations

Le crédit bancaire classique

Difficile à obtenir pour une activité de marchand de biens débutante. Les banques demandent :

Le crédit-relais professionnel

Certaines banques et organismes spécialisés proposent des crédits-relais pour les marchands de biens :

Le crowdfunding immobilier

Le financement participatif est devenu une source majeure de financement pour les marchands de biens :

L’apport d’investisseurs privés

Certains marchands de biens font appel à des investisseurs privés qui apportent des fonds en échange d’une part des bénéfices. Structure possible :

9.6 Les risques du marchand de biens

Risque de marché

Une baisse des prix immobiliers pendant la durée de l’opération peut transformer une marge positive en perte.

Risque de travaux

Risque de commercialisation

Risque de trésorerie

Le marchand de biens doit financer l’achat et les travaux avant d’encaisser le prix de vente. Un retard de revente peut créer des tensions de trésorerie graves.

Risque fiscal

9.7 Conseils pour débuter

  1. Commencer petit : une première opération simple (rénovation d’un appartement) permet d’apprendre sans risque excessif.
  2. Bien s’entourer : expert-comptable, notaire, avocat fiscaliste, artisans de confiance.
  3. Maîtriser le chiffrage : la rentabilité se calcule avant l’achat, pas après.
  4. Constituer un apport : les premières opérations nécessitent un apport personnel significatif.
  5. Se former : droit de l’urbanisme, techniques de construction, fiscalité.
  6. Garder une marge de sécurité : prévoir 15 à 20 % d’imprévus sur les travaux et 10 % sur le prix de revente.

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